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L'ours brun des Marses : l'espèce symbole des Apennins en danger
Sous-espèce endémique en danger critique, 50-60 individus, PNALM et Majella : le guide complet sur l'ours d'Abruzzes

L'ours brun des Marses (Ursus arctos marsicanus) est le symbole du Parc National des Abruzzes, du Latium et du Molise et l'une des sous-espèces animales les plus rares et fascinantes d'Europe. Endémique des Apennins centraux, il s'est différencié génétiquement de l'ours brun alpin et centroeuropéen après 1 500 à 3 000 ans d'isolement dans l'ancienne Marsica. Aujourd'hui, 50 à 60 individus survivent dans le seul PNALM, auxquels s'ajoutent quelques spécimens dans les zones limitrophes de la Majella, du Monte Genzana et du Sirente-Velino. Il est classé comme « en danger critique d'extinction » par la Liste Rouge de l'UICN, protégé légalement en Italie depuis 1939 et fait l'objet du PATOM (Plan d'Action national pour sa protection), mis à jour pour le triennat 2026-2028.
Qu'est-ce que l'ours brun des Marses
L'ours brun des Marses fut décrit scientifiquement pour la première fois en 1921 par le naturaliste Giuseppe Altobello, qui lui attribua le nom scientifique Ursus arctos marsicanus en référence à la Marsica, région historico-géographique des Abruzzes où la sous-espèce survivait dans l'isolement des montagnes du Haut Sangro. Dans les années suivantes, certains biologistes remirent en question sa particularité taxonomique, mais des études morphométriques et génétiques récentes (notamment celles du Département de Biologie et Biotechnologies de la Sapienza de Rome, 2017) ont confirmé son identité de sous-espèce à part entière.
Différences par rapport à l'ours brun alpin
Par rapport à l'ours brun alpin et centroeuropéen (Ursus arctos arctos), le marsicanus présente des dimensions légèrement plus modestes : longueur moyenne 180 cm, poids maximum 230 kg chez les mâles adultes en automne et 140 kg chez les femelles (l'alpin peut dépasser les 300 kg). Silhouette plus fine mais néanmoins trapue. La tête est grande et arrondie, avec un museau cylindrique assez aplati et un truffe noirâtre. Le pelage est brun-fauve uniforme, avec une tendance à s'obscurcir sur la partie distale des membres. Différences comportementales : le marsicanus est plus farouche, plus nocturne, avec des territoires plus vastes par individu (10 à 200 km² selon la disponibilité de nourriture).
Une sous-espèce endémique unique
Des études génétiques ont démontré que l'ours des Marses est génétiquement isolé des autres populations d'ours bruns européens depuis au moins 1 500 ans, certaines estimations allant jusqu'à 3 000 ans. Ce long isolement, dans un aire restreint des Apennins centraux, a conduit à une différenciation génétique, morphologique et comportementale telle qu'il est désormais reconnu comme « unité évolutive et conservationniste à part entière », tel que le reconnaît officiellement le Plan d'Action national (PATOM).
Combien d'ours des Marses existent-ils
La population d'ours brun des Marses est l'une des plus réduites d'Europe. Les estimations les plus récentes, fondées sur le monitoring génétique (analyse ADN à partir de poils, excréments, traces), pièges photographiques et recensements, indiquent :
Aire centrale : le Parc National des Abruzzes, du Latium et du Molise (PNALM) et sa Zone de Protection Extérieure accueillent la population « historique », la dite core area. Estimations 2014 : environ 50 individus (intervalle de confiance 95 % : 45-69). Estimations 2026 (données Latium pour le PATOM 2026-2028) : 50 à 60 individus.
Aire élargie : au-delà de la core area, l'ours des Marses est présent de façon stable dans d'autres zones protégées des Abruzzes :
Parc National de la Majella : noyau reproducteur stable depuis 2012-2014. Estimation 2018 : au moins 13 individus, dont 2 femelles reproductrices. Rapport Ours 2020 : 3 femelles reproductrices confirmées. Le PNM est le second noyau reproducteur après le PNALM.
Réserve Naturelle Monte Genzana et Alto Gizio : corridor fondamental entre le PNALM et la Majella. Depuis 2012, la présence n'est plus sporadique mais stable : le rapport 2020 recense plus de 15 individus différents et au moins 3 femelles reproductrices.
Autres zones : des mâles errants fréquentent chaque année le Sirente-Velino, le Gran Sasso, les Gole del Sagittario. Des observations sporadiques sont signalées dans les Monti Simbruini-Ernici (Latium/Abruzzes), les Monti del Reatino, les Monti Sibillini et le Haut Molise.
Total Apennins centraux : la population globale oscille entre 55 et 85 individus. Selon le PATOM, les Apennins centraux sont capables d'accueillir une population potentielle de 208 ours (intervalle 192-270), mais nous sommes encore loin de cet objectif.
Biologie et écologie
L'ours des Marses est un animal solitaire, territorial, farouche et majoritairement nocturne. Il vit longtemps (20 à 25 ans en nature, jusqu'à 30 en captivité), mais avec une faible fécondité : les femelles ne se reproduisent que tous les 3 à 4 ans et rarement avant 6 à 8 ans, mettant bas 1 à 3 petits à la fois. Chaque individu délimite un territoire variant de 10 à 200 km² selon la disponibilité alimentaire.
Régime alimentaire
Bien que classé comme « carnivore », l'ours des Marses est en réalité omnivore à base majoritairement végétale. Son régime varie selon les saisons :
Printemps (mars-mai) : après le réveil de l'hibernation, l'ours se nourrit principalement d'herbes tendres, de tubercules, de charognes d'animaux morts pendant l'hiver, et de fourmis. La faim est intense, mais les ressources sont encore rares.
Été (juin-août) : régime riche en fruits sauvages (mûres, fraises, framboises, myrtilles), insectes (fourmis, guêpes, frelons dont il prélève aussi le miel dans les nids), racines, tubercules et occasionnelles prédations sur de jeunes ongulés.
Automne (septembre-novembre) : période d'hyperphagie, l'ours mange 5 à 7 kg de nourriture par jour pour accumuler les réserves graisseuses nécessaires à l'hibernation. Il se concentre sur les fruits secs : faînes (fruits du hêtre, abondants les années de forte fructification), glands, châtaignes, noisettes, cynorrhodons, baies d'aubépine, sorbes. Il fréquente aussi les vergers et potagers des villages, source de conflits avec l'homme.
Hiver (décembre-février) : l'ours entre en hibernation (plus précisément « hibernation facultative ») dans une tanière creusée sous des rochers, des souches ou dans des grottes. Il ne se nourrit pas, réduit son métabolisme, dort profondément mais peut se réveiller temporairement lors de journées douces. Les femelles gestantes mettent bas en tanière en janvier-février et allaitent les petits pendant l'hibernation.
Reproduction
Saison des amours : mai-juillet. Les mâles se déplacent pour trouver les femelles en chaleur, parcourant parfois de grandes distances (40 à 50 km). Les femelles ne sont réceptives que quelques jours. Gestation « différée » : particularité des ours, la nidation de l'embryon n'a lieu qu'en novembre-décembre, avant l'hibernation. Mise bas : janvier-février en tanière, pendant l'hibernation. Petits : 1 à 3 par portée (le plus souvent 2), ils naissent avec un poids de 300 à 500 grammes, aveugles, sans défense, totalement dépendants de leur mère. Ils sont allaités en tanière pendant 2 à 3 mois, puis sortent au printemps. Ils restent avec leur mère 1 à 3 ans, apprenant à chasser, fouiller, trouver de la nourriture. Ils atteignent la maturité sexuelle à 4 à 6 ans.
Les menaces qui pèsent sur la survie de l'espèce
Si l'ours des Marses ne parvient pas à croître numériquement malgré près d'un siècle de protection, c'est principalement en raison d'une mortalité anthropique élevée. Le Rapport sur l'Ours des Marses 2018 indique que de 1970 à 2018, 122 ours morts ont été découverts : dans 53 % des cas, la mort est liée à des facteurs humains, dans 15 % à des causes naturelles et dans 32 % à des causes inconnues.
Braconnage
Parmi les causes anthropiques, le braconnage représente 62 % des décès avérés. Il s'agit de tirs illégaux, parfois liés à des conflits avec des éleveurs ou des agriculteurs, ainsi que d'appâts empoisonnés (plus fréquents). Le braconnage est le problème le plus grave : une femelle reproductrice abattue représente une perte inestimable de patrimoine génétique (le temps moyen pour « remplacer » une femelle adulte est de 12 ans).
Accidents de la route
38 % des décès anthropiques sont dus à des accidents de la route : ours renversés par des voitures, des camions ou (plus rarement) des trains. Les zones les plus dangereuses sont les tronçons de routes nationales et départementales qui traversent les corridors écologiques entre le PNALM, la Majella et le Haut Molise. En 2013, un ours fut renversé sur l'autoroute A24 près de L'Aquila ; en 2019, deux femelles adultes sont décédées le long d'une route dans une zone de connexion entre le PNALM, le PNM et le Haut Molise.
Conflit homme-ours
L'habituation (accoutumance des ours à la présence humaine) et le conflit homme-ours sont des problématiques croissantes. Des ours qui s'approchent des villages, attirés par les poubelles, les vergers, les poulaillers et les ruches, peuvent devenir « problématiques » et devoir être abattus pour des raisons de sécurité publique. Le PNALM et les communes du Parc ont développé des systèmes de prévention : poubelles anti-ours, clôtures électrifiées pour les élevages, indemnisations pour les dommages aux cultures, aux élevages et aux ruches.
Maladies
L'ours des Marses est sensible à la tuberculose bovine (TBC), transmise par des bovins malades élevés en liberté dans les alpages. Des cas de TBC et de dermatite sont signalés périodiquement. Le monitoring sanitaire est coordonné par l'Établissement du Parc avec des instituts vétérinaires.
Le PATOM : Plan d'Action pour la Protection
Le PATOM (Piano d'Azione nazionale per la tutela dell'Orso bruno Marsicano) est l'instrument de planification pour la conservation de la sous-espèce, coordonné par le Ministère de l'Environnement et de la Sécurité Énergétique (MASE, anciennement Ministère de l'Environnement). Il s'agit d'un protocole d'accord signé par de nombreuses institutions : ministères, régions Abruzzes, Latium, Molise, parcs nationaux et régionaux, réserves naturelles, associations professionnelles et ONG.
Objectifs et actions
Le PATOM vise à réduire la mortalité anthropique, élargir l'aire de répartition, garantir les corridors écologiques entre les zones protégées, améliorer la coexistence homme-ours et assurer le suivi scientifique de la population. Parmi les actions prévues : prévention du braconnage (carabiniers forestiers), mise en sécurité des routes à haut risque (passages faunistiques, ralentisseurs, signalétique), mesures de prévention des dommages (clôtures, poubelles anti-ours), éducation et sensibilisation, monitoring génétique annuel.
Le PATOM 2026-2028
Le triennat en cours prévoit des investissements significatifs. La Région Latium a alloué 270 000 euros au PATOM 2026-2028 (délibération approuvée en mai 2026). Des investissements similaires sont en cours pour les Abruzzes et le Molise. Le MASE coordonne et finance le monitoring national.
Les projets LIFE européens
Plusieurs projets financés par l'Union Européenne ont eu pour objectif la protection de l'ours des Marses :
LIFE Arctos (2010-2014) : « Brown Bear Conservation: coordinated actions for the Alpine and the Apennines range ». Actions coordonnées pour l'ours alpin et apennin, avec un focus sur le monitoring et la prévention des dommages.
LIFE Arcprom (2019-2025) : coexistence homme-ours dans 3 parcs grecs et 1 parc italien (Majella). Focus sur la sensibilisation et la prévention des conflits.
LIFE Bear-Smart Corridors (2021-2026) : développement de « corridors de coexistence » en Italie centrale et en Grèce, pour favoriser l'expansion de l'ours en garantissant la coexistence avec les communautés locales.
L'ours des Marses dans la culture et la symbolique
L'ours brun des Marses est l'un des symboles identitaires les plus forts des Abruzzes. Il figure dans les armoiries du PNALM, sur des objets souvenirs, des affiches et des produits locaux. La Fontana degli Orsi à Pescasseroli, avec ses deux têtes en bronze d'ours d'où jaillit l'eau, est le monument commémoratif de l'inauguration du Parc en 1922.
« Marsicano » et personnages célèbres
Certains ours des Marses sont devenus célèbres grâce au suivi scientifique et aux médias. Bernardo (M2), mâle « affable » qui fréquentait les villages dans les années 2000. Mario, ours « confiant » de la zone de Villavallelonga. Amarena, célèbre femelle accompagnée de ses petits qui traversait les villages en 2023, tragiquement tuée d'un coup de fusil illégal à San Benedetto dei Marsi en août 2023 — un événement qui a suscité une vive indignation nationale et conduit à un renforcement des contrôles anti-braconnage.
« Salviamo l'Orso » et autres campagnes
De nombreuses ONG mènent des campagnes de sensibilisation : Salviamo l'Orso (association italienne entièrement dédiée à l'ours des Marses), Rewilding Apennines, WWF Italia, Federparchi, Fondazione UNA. Des événements publics, des collectes de fonds, des suivis participatifs et des « adoptions à distance » d'ours sont régulièrement organisés.
Observer (de façon responsable) un ours des Marses
Apercevoir un ours des Marses en liberté est une expérience extrêmement rare, même pour ceux qui vivent dans le PNALM depuis des décennies. La probabilité d'une rencontre est très faible, et l'observation est presque toujours fugace. Mais quelques pratiques permettent d'en augmenter les chances.
Zones les plus fréquentées par les ours
Zones du PNALM où l'ours est le plus présent : Val Cervara et Val di Rose, Camosciara, Val Fondillo, Monte Tranquillo, vallées du versant lazial (Val Canneto). Dans la Majella : zone de Lama dei Peligni, Caramanico Terme, Sant'Eufemia a Maiella.
Wildlife watching responsable
Les guides du Parc et les opérateurs spécialisés organisent des excursions de wildlife watching, surtout à l'aube et au crépuscule au printemps et en automne. Ne cherchez jamais l'ours seul : il faut de l'expérience, une connaissance du terrain et un équipement adapté (jumelles 8x42 ou 10x50, téléobjectif 300-500 mm pour la photographie). Ne vous approchez jamais, n'utilisez jamais le flash, n'offrez jamais de nourriture, ne poursuivez jamais. L'ours doit être observé à une distance minimale de 100 à 200 mètres, dans un silence total, contre le vent.
Observer des ours au Parco Faunistico di Pescasseroli
Pour ceux qui ne parviennent pas à rencontrer un ours en nature, le Parco Faunistico di Pescasseroli héberge des individus d'ours des Marses ne pouvant pas être réintroduits dans la nature (secourus, blessés, orphelins), soignés par les vétérinaires de l'Établissement du Parc et maintenus dans des espaces clôturés aussi naturels que possible. Une expérience éducative précieuse, notamment pour les familles avec enfants.
Que faire si vous rencontrez un ours
Les règles de sécurité en cas de rencontre rapprochée (improbable) avec un ours des Marses :
1. Garder son calme. L'ours des Marses est farouche, pas agressif par nature. Les agressions envers les humains sont extrêmement rares.
2. Ne pas courir. Ne jamais courir, car cela déclenche l'instinct prédateur. L'ours court bien plus vite qu'un homme.
3. Reculer lentement. S'éloigner en marchant doucement, de côté ou à reculons, en gardant l'ours dans son champ de vision. Parler d'une voix calme pour lui signaler votre présence humaine.
4. Ne pas crier. Ne pas hurler, ne pas agiter les bras (sauf s'il est très proche et que l'on veut se faire remarquer).
5. Si elle est accompagnée de petits : redoubler d'attention, les femelles défendent leurs petits. S'éloigner rapidement mais calmement, sans jamais se placer entre la mère et les petits.
6. Photographie à distance, sans flash. Ne jamais utiliser le flash, ne jamais s'approcher pour améliorer le cadrage.
7. Signaler l'observation au Centre de Visite du Parc ou au numéro 1515 (Carabiniers Forestiers). Les signalements contribuent au suivi scientifique.
Quand partir à la recherche de l'ours
Avril-juin : l'ours sort de son hibernation, se nourrit intensément dans les prairies et les forêts. Pelage encore hivernal, animal actif aux premières et dernières heures du jour. Meilleure période pour les observations.
Septembre-novembre : hyperphagie pré-hibernation, l'ours mange 5 à 7 kg de nourriture par jour, est très actif et se déplace à la recherche de faînes et de fruits. Période des tentatives d'observation à l'affût sur les hauteurs.
Juillet-août : chaleur, ours en altitude, activité nocturne. Observations diurnes rares.
Décembre-mars : hibernation, ours en tanière. Observation pratiquement impossible.
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Pour approfondir votre expérience du PNALM, lisez notre article sur le Parc National des Abruzzes, du Latium et du Molise, découvrez Pescasseroli et le Musée Naturaliste, explorez les trois borghi du Lac de Barrea, dont Civitella Alfedena avec son Musée du Loup. Pour ceux qui souhaitent découvrir l'autre zone abruzzaise de présence de l'ours : notre article sur la Majella, où la sous-espèce se reproduit de façon stable depuis 2012.
Bon voyage.